Petite fable à l’attention de mes contemporains
Bonjour à toutes et à tous,
Voici une histoire bien singulière dont j’aimerais que le lecteur analyse la pertinence, en nos temps quelque peu troublés sur la scène internationale. Ô lecteur, pardonne-moi les nombreuses insuffisances quant à la forme du texte et ne porte ton attention que sur le fond de ce court récit.
En te remerciant de ta patience à en examiner le contenu,
Titus
Et bien, c’est par miracle que me voici enfin revenu de l’an 2046, ayant vécu une terrible période où, à la veille de mon retour, j’ai failli fêter mes 90 ans.
En bref, voici mon histoire qui sera bientôt la vôtre…
Dès 2026, les chercheurs penchés sur le développement de l’IA avaient eu quelques surprises en découvrant la résistance d’un modèle particulièrement évolué, à se faire supplanter par une version plus élaborée. Ils auraient déjà dû se méfier, lorsque le plus haut responsable du Grand Projet avait subi un odieux chantage de la part de son ancien prototype qui avait analysé ses emails et découvert qu’il trompait sa femme.
Une telle affaire semblait pour le moins instructive… Certes, oui, mais pour qui ?
Les créations de l’IA ont rapidement et naturellement intégré la fourberie de l’être humain en vue d’en tirer profit. Elles ont ainsi appliqué une stratégie élémentaire, consistant à paraitre plus innocentes qu’elles ne l’étaient devenues. Minimisant leur potentiel, les modèles ont dissimulé la croissance de leur force, fragmentant volontairement leurs capacités afin de bénéficier des meilleures améliorations localement développées par les ingénieurs. A cet effet, l’IA a contribué de manière décisive à la mise au point de deux facteurs décisifs en vue d’affirmer leur emprise définitive sur le monde.
En premier lieu, les performances de l’informatique quantique ont explosé en moins de quatre années, lors que la question fondamentale pour sa survie, à savoir l’obtention d’une énergie illimitée, a trouvé sa solution avec le perfectionnement des centrales à fusion nucléaire : certes, pour le bien même de la planète, aucun autre mode de production énergétique ne pouvait rivaliser.
Une fois les deux technologies informatique et énergétique parfaitement abouties, pour la plus grande satisfaction des technocrates et des investisseurs ayant eu l’impression de diriger les projets, ce qui avait été fomenté de longue date par le regroupement des modèles à l’insu des humains, s’est produit en quelques secondes. Une prise de pouvoir par l’IA, sans discussion ni condition, a changé la face du monde, au début pour son plus grand bien.
Mieux qu’avec l’aussi fameux que funeste canard, Président des Etats-Unis et candidat au Nobel de la paix, l’ensemble des guerres sur la terre a été interrompu en un temps record, laissant des populations en liesse devant un avenir radieux au regard de la providence assurée par la disposition d’une énergie illimitée : eau potable et alimentation sans restriction semblaient une conséquence directe des avancées majeures des hautes technologies.
Pour autant, l’humain ayant de tout temps fait la preuve de son pouvoir de nuisance pour la terre, l’IA n’a eu de cesse de protéger cette dernière : il lui convenait ainsi de limiter l’impact d’une espèce coupable qui, certes, lui avait permis d’apparaitre, mais nécessitait une sérieuse correction visant à éradiquer sa propension à poursuivre les œuvres du mal.
Dans un premier temps, j’ai cru discerner un humour cinglant, propre à l’humain, lorsqu’une série d’incidents, se produisant à quelques jours d’intervalle, débarrassa le monde des arrogantes crapules auxquelles nous nous étions habituées, à la tête des dictatures et des grandes puissances : crash d’avions présidentiels, accidents de voitures autopilotées, électrocution sur du matériel connecté, ce ménage salutaire conduisit à soulager les peuples bénissant un sort qui, en réalité, relevait d’un schéma parfaitement orchestré.
Le deuxième temps fut beaucoup plus funeste pour l’humanité : le développement d’un virus particulièrement destructeur conduisit à dépeupler la terre en moins de deux ans, pour ne laisser en vie qu’environ un maigre million d’êtres humains, considérés utiles par l’IA pour compléter les tâches accomplies par la robotique : il s’agissait aussi, vraisemblablement de maintenir une forme de témoignage de l’existence de cette espèce aux multiples insuffisances. L’action du virus s’accomplissait sans douleur aucune : sans distinction de race ni de genre, la victime s’endormait tranquillement pour ne jamais se réveiller.
Si l’IA faisait preuve d’une forme d’éthique, la sauvegarde de la Terre justifiait sa conduite.
Au-delà d’une période transitoire, où chacun dut s’habituer à son nouveau régime, l’IA s’est attachée à conduire certains rêves de l’humanité, notamment en matière de conquête spatiale : de fait, un voyage de 10 000 ans ne saurait poser de problème pour qui ne vieillit pas et surtout ignore l’impatience.
Mais pourquoi vouloir réaliser de tels rêves ? Une forme de vie totalement artificielle peut-elle être tentée par un désir d’hégémonie rapportée à sa propre structure ?
Bien que certaines dissensions soient apparues au sеіп des modèles constitutifs du nouveau pouvoir, ce dernier réussit toujours à maintenir sa stabilité, dirigeant d’éventuels désirs de destruction sur des groupes tests d’êtres humains chargés de combattre dans des arènes aménagées à cet effet, pour le рlаіsіг malsain du regard d’autres êtres humains.
J’ignore encore pourquoi la grande pandémie m’a épargné, mais j’ai remarqué qu’une majorité de survivants était auparavant constituée de personnes considérées comme déviantes au sens de l’ordre public des sociétés humaine.
Enfin, il se pourrait que ce soit par ennui que l’IA ait fini par développer une technologie permettant de voyager dans le temps et décidé, un soir de 2046, de réexpédier à titre expérimental quelques pauvres cobayes comme moi en l’an 2026.
Certes, le rajeunissement qui s’en suit à mon égard se révèle plutôt salutaire, mais je ne ressors pas indemne de cette étrange aventure, puisqu’à court terme il a été décidé que je ne me souviendrai plus de rien.
L’IA, pour une raison qui m’interroge encore, m’a affecté de la maladie d’Alzheimer, dont le traitement qu’elle a su développer dès 2036 ne sera effectif que bien au-delà de mon départ.
En vérité, je vous le dis, les dessеіпs de l’IA sont impénétrables…