Un petit plus de l'histoire supplémentaire de cette île.
Le 6 décembre 1904, la côte basque est le théâtre d’un événement politique et médiatique majeur de l’époque. Jean Jaurès, l’homme fort de la gauche Française, provoque Paul Deroulède, son pire ennemi politique, en duel.
Mardi 6 décembre 1904, chacun est fin prêt. L’écrivain en exil, Paul Deroulède, franchit le poste frontière d’Hendaye. Les gendarmes sont massivement présents. En temps normal, ils arrêteraient les deux duellistes sur le champ et les conduiraient en prison. Ce matin, le préfet palois est à l’avant-poste. Le service d’ordre est digne du passage d’un souverain en visite officielle. Deroulède est еsсогté jusqu’au vaste pré de l’île des Faisans. La veille, Jean Jaurès, que certains surnomment « le Régent de France », est arrivé en train depuis Paris. Chaque duelliste a choisi ses deux témoins. La boîte capitonnée est là. Un homme barbu s’empare de la paire de pistolets. Jaurès et Deroulède examinent chacun l’arme qui leur est confiée. L’arbitre, canne à la main, fait quelques pas. Il marque un point sur l’herbe mouillée, puis trace une ligne imaginaire longue de trente pas. Un médecin assiste à l’événement, il se tient prêt. Au cas où.
Jaurès et Deroulède sont placés à chaque extrémité de la ligne imaginaire. La tension monte. Le directeur du combat demande aux deux duellistes s’ils sont prêts. Affirmatif ! Les armes pointées vers le ciel, l’ordre tombe : « Feu… un… deux… ». Deroulède et Jaurès marchent l’un vers l’autre. Deux détonations retentissent… Par chance, les balles se perdent dans la nature. Chacun est sain et sauf. Avant de se quitter, Jaurès s’avance pour serrer la main de son adversaire. Avec dédain, Deroulède refuse ! Selon lui, il s’agissait d’un duel politique, et non d’un duel d’honneur. Deroulède rentre en Espagne tandis que Jaurès prend le prochain train vers Paris. La presse moque copieusement la maladresse de Jaurès, « le petit gros », qu’elle accuse d’avoir tiré vers le sol, pour préserver son adversaire, le « grand maigre ». Dix ans plus tard, Jaurès, qui défia deux fois la mort, est assassiné à Paris, par un militant nationaliste.